Mauvaise expérience freelance : une leçon ?

Mauvaise expérience freelance : une leçon ?

Si vous êtes freelance, alors vous savez très certainement que l’aventure entrepreneuriale est loin d’être un long fleuve tranquille. Nous tombons parfois sur des boîtes géniales et d’autres fois, nous tombons de haut. Dans tous les cas : nous apprenons.

Tout commence avec une offre freelance alléchante

Je suis autoentrepreneuse depuis Avril 2021, j’ai des clients qui ont besoin d’aide et d’accompagnement à un instant T. Mais je n’ai pas de clients qui souscrivent des prestations sur le long terme. C’était aussi mon envie, après tout, de cibler les solopreneurs qui je sais n’ont pas un budget conséquent.

Toujours est-il qu’à côté, j’ai donc choisi de répondre à des offres en tant que freelance. Depuis deux ans je suis rédactrice web pour une agence, j’ai aussi eu l’opportunité de former des BAC +3 community manager et je forme aussi des entrepreneurs dans le domaine de la communication.

Bref, vous l’avez compris : les collaborations durables sont essentielles pour moi car ce sont des valeurs sûres et cela me permet de me diversifier.

Devenir community manager avec de gros avantages

Je me souviens encore lorsque j’ai répondu à cette offre. J’en avais pris connaissance sur LinkedIn et il faut dire qu’elle donnait vraiment envie.

L’Humain semblait au centre des préoccupations, le salaire versé à chaque fin de semaine. Et surtout : « si tu as un souci, n’hésite pas ! »

Rapidement, je suis recontactée. Un entretien Zoom avec d’autres personnes et un exercice à produire pour témoigner de nos capacités. Mais aucune crainte à avoir : si on n’y arrive pas, on recommence, il n’y a pas d’inquiétude on sera pris.

Je trouve le concept tellement différent de ce que j’ai l’habitude de voir, mais soit. Pourquoi pas, je préfère ne pas me faire de fausses idées.

Durant l’entretien Zoom, on nous montre comment la boîte fonctionne. Des outils collaboratifs connus : super, ça ne va pas me changer de d’habitude !

Par contre, quelque chose commence déjà à me titiller. On nous montre des exemples de posts qui sont bien loins de ce que j’ai l’habitude de produire. Pour vous faire un topo rapide, impossible avec ce type de posts d’engager une communauté. Un visuel des plus basiques (aucune personnalisation) et une légende qui tient en une phrase. Des hashtags qui ponctuent le post, des hashtags tellement utilisés que le post du client ne sera pas visible une demi-seconde avec eux.

Mes doutes arrivent mais soit, je préfère tenter le coup et me faire ma propre idée.

L'aventure commence et le désenchantement aussi

Chouette, mon exercice est accepté du premier coup, me voici dans l’aventure !

Premier étonnement : aucun onboarding. Bon… je vais essayer de trouver mes marques comme je peux. J’ai toujours été débrouillarde donc je sais que je peux y arriver.

Les clients arrivent sur mon tableau de bord : 2 puis 3,4… et rapidement je me retrouve avec une vingtaine de clients dès la première semaine. Je tombe des nus, lors de l’entretien Zoom on nous avait assuré devoir gérer seulement 10 clients.

J’observe les antécédents de conversation, et je me rends compte de la montagne de problèmes. En fait, aucun nouveau client : on ne m’a attribué que des clients mécontents des services opérés jusqu’à lors.

Je contacte le responsable. Celui-ci se veut rassurant, me dit que je n’ai pas à m’inquiéter. Que je n’ai qu’à prendre le téléphone et appeler chacun des clients pour me présenter. Aucune trame n’est donnée. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé avant moi, hormis les échanges que j’ai pu lire d’une traite. Soit, je vais devoir encore me débrouiller…

Le premier jour passe et je réalise mes 5h journalières, comme nous avions convenu. La responsable freelance prend contact avec moi pour se présenter et j’apprends alors que je suis sur un contrat de 4h par jour. Je demande des comptes au responsable de l’agence qui me dit qu’il a changé d’avis, que finalement on est tous embauchés pour 4h et non 5. Je sens déjà que ma patience est mise à rude épreuve…

Mauvaise expérience freelance entre désillusion et état de santé mis à mal

La première semaine se termine, non sans mal. Il est l’heure d’envoyer ma facture, je suis contente, c’est la première fois qu’un contrat durable me paie chaque fin de semaine.

J’envoie mon RIB, accompagné de ma facture. Le responsable m’écrit et me dit qu’il faut que je lui envoie un lien Stripe, il ne paie pas par RIB. Je commence sérieusement à m’offusquer. J’ai accepté ce travail parce qu’il s’agissait d’un contrat durable et que l’ambiance était vendue comme exceptionnelle, une aventure humaine presque. Le salaire était pourtant loin de coller à mes compétences. Sauf que là, passer par une passerelle de paiement veut dire frais ! Ajoutons à cela les charges URSSAF et je me retrouve avec un salaire ridicule. J’exprime mon point de vue. La réponse : « Il y a des frais partout, tu sais ». J’abandonne le dialogue.

Les jours passent et mon nombre de clients ne cesse d’augmenter, quand mon nombre d’heures reste le même. Enfin, officiellement. Je vois que je dépasse très largement les heures demandées. Je décide de me chronométrer. Je consacrais deux heures de plus chaque jour pour réussir à gérer les clients que ce qui m’était demandé. Je prends contact avec le responsable et lui dit (la langue dans sa poche, très peu pour moi !). Il me dit que si je n’y arrive pas c’est que c’est moi le problème et que je suis la seule à rencontrer des difficultés. Je commence à sérieusement lui en vouloir, j’exprime à nouveau mon point de vue. Aucune réponse.

Je ne pense plus qu’à mes clients, jour et nuit. L’application de programmation des posts utilisée par l’agence fait erreur sur erreur. Tous les freelances ont le même problème et se plaignent. « On est sur le coup, on va régler ça ». Le problème n’a jamais été réglé. Avec cela des clients insatisfaits, car les posts ne sont pas publiés, et nous devons nous excuser en notre nom pour des problèmes qui ne sont pas de notre fait. Oui, nous avons l’impression de redevenir des salariés.

Je travaille, en dehors de mes heures de travail, pour publier manuellement les posts, à la demande du responsable. Aucune reconnaissance. On m’ajoute des clients encore et encore, je sens que je perds pied. La mauvaise expérience freelance se dessine peu à peu.

Une étincelle : l'ajout d'un client prestigieux

Un jour, on me dit enfin que mon travail est apprécié et on me propose de me charger du projet d’un client prestigieux.

J’accepte, même si le tarif est le même, je sens enfin que mes efforts sont récompensés. Je prends plaisir à accompagner cette personne. Toute l’équipe du projet client reconnait mon implication et vante ma créativité. Tant et si bien, qu’on me demande désormais de publier 1 reel par jour du lundi au dimanche.

J’ai toujours une trentaine de clients à gérer, toujours embauchée à raison de 4h par jour. Je décide d’en toucher deux mots au responsable. Je suis persuadée qu’il augmentera mes heures, mon salaire ou réduira mon nombre de clients. Après tout, c’est lui qui m’a confié ce projet de plus en plus envahissant.

Il décide de me retirer le client « Si t’as pas le temps, quelqu’un le fera à ta place ». J’explique bien que si je ne trouve pas le temps, sachant qu’on a tous le même nombre de clients et le même nombre d’heures, aucune autre freelance ne pourra répondre aux attentes du client. « Non, non, je vais le donner à l’équipe en interne ils ont plus de temps ». Foutaises, je constate par la suite qu’une autre freelance a pris le relais.

C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Mon humeur change, je participe de moins en moins aux réunions. Je souffre de ce manque de transparence, de reconnaissance et de cette gestion aussi mauvaise.

« Alison, qu’est-ce qu’il se passe, tu as l’air sur les nerfs en ce moment ». J’explique tout ce qui me contrarie. Aucune réponse.

Mauvaise expérience freelance : une équipe désoudée

Une pression énorme. Tous les jours. Le logiciel de programmation qui ne fonctionne toujours pas, des clients toujours plus insatisfaits. Nous servons de bouc émissaire.

Des rapports les unes avec les autres de plus en plus difficiles : tout le monde est sous tension. « Si vous avez un problème n’hésitez pas ». Chaque jour, des tonnes et des tonnes de messages envoyés pour dire qu’un post ne s’est pas publié, que tel client demande à parler au responsable : on nous ignore.

Des initiatives de plus en plus catastrophiques pour le client : « Vous avez désormais obligation d’utiliser nos modèles CANVA. Tout freelance qui ne le fait pas devra partir. » « Oui mais ça veut dire que chaque visuel va se ressembler » « C’est pas grave ». Une politique très très loin du soin que je donne à mes clients habituellement… S’ajoute à cela, une autre initiative des plus douteuses : « Nous sommes en train d’écrire tous nos textes des posts à l’avance. Vous n’aurez plus qu’à copier chaque écrit en fonction de la thématique de votre client. Fini de rédiger ! » Je n’en crois pas mes yeux. Heureusement, je ne suis pas restée assez longtemps pour faire ça.

J’ai formé des BAC +3 Community management, je forme des entrepreneurs tous les mois et ce que je leur apprends est l’inverse total de ce que cette agence nous impose de faire. Je suis en plein conflit de valeurs. Je n’arrive plus à réaliser les missions demandées qui sont pour moi synonymes de « mauvais community management » et même de duperie. J’en informe la hiérarchie. Pas de réponse.

L’équipe se déchire, les rapports sont tendus. Je n’arrive pas à programmer un post pour l’un de mes clients, car le logiciel ne fonctionne toujours pas. Je me prends la tête avec une autre freelance. C’en est trop pour moi. Je décide de partir.

L'effet boule de neige

Je n’ai jamais eu peur de quitter un travail. J’ai d’ailleurs refusé pas mal d’opportunités durant mon parcours, car elles ne correspondaient pas à mes valeurs. C’était donc une suite logique pour moi que de ne pas rester une minute de plus dans cette agence. J’annonce mon départ.

Mon départ

J’annonce mon départ au responsable. Aucune réponse. Je décide aussi d’en parler à la responsable freelance, qui est quelqu’un au demeurant de bienveillant. Elle comprend mon départ, et me souhaite de bonnes choses.

Le responsable de l’agence finit enfin par me répondre : « Tu ne peux pas me lâcher comme ça tu pourrais au moins prendre de l’avance sur les posts avant de partir, je ne peux pas redonner une vingtaine de clients comme ça ». Ah bon ? Tout d’un coup c’est beaucoup 20/30 clients ? Bref. Conciliante, je décide de lui avancer 3 semaines de posts.

Une conclusion : j'ai bien fait !

J’ai terminé de faire les 3 semaines de posts. Je prends l’initiative d’envoyer un mail dans lequel je prends soin de tout détailler : mes posts, les clients, les programmations, bref tout.

Le lendemain, pour rappel j’avais donc « démissionné », je reçois un message du responsable : « C’est normal que X client a décidé de résilier son contrat pile quand toi tu as décidé de partir ? » J’hallucine. Alors que j’ai été irréprochable jusqu’à mon départ, on m’accuse de voler des clients. Je n’ai jamais fait ça. En réalité, cela faisait plusieurs semaines que client après client décidaient de résilier car ils étaient insatisfaits. Et là, on essaie de me faire porter le chapeau. Je l’envoie balader, j’en ai terminé avec lui.

Un dernier message qu’il me balance à la volée « Si un jour tu souhaites revenir n’hésite pas ». Oui, c’est sûr que ça donne envie…

Puis là, c’est l’hécatombe. Nous avions un groupe Whatsapp entre freelances et je vois que les unes après les autres, elles déposent leur démission. J’observe un ras-le-bol général, je suis rassurée : j’ai bien fait. Vous vous souvenez, il disait que j’étais la seule à me plaindre et à ne pas pouvoir gérer une vingtaine de clients à raison de 4h par jour ? Je vois qu’il m’a menti, et que nous étions nombreuses à nous plaindre.

Une mauvaise expérience freelance transformée en leçon

J’ai toujours eu l’esprit analytique, je dois sûrement ça à ma licence de psychologie. Toujours est-il que pour moi, il y a quelque chose à retirer dans chaque parcours. Qu’il soit bon ou mauvais.

Après avoir travaillé pour une agence pour laquelle le soin du client était de zéro, j’ai eu bien entendu une foule d’idées pour accompagner les miens. J’ai vu à quel point une mauvaise gestion pouvait être préjudiciable et j’ai eu une multitude d’idées pour éviter ce type de situations.

Travailler pour cette agence m’a aussi permis de travailler pour des clients dans des domaines très variés. C’est aussi grâce à cela, que j’ai décidé de créer Agence Unmute.

Alors, si vous aussi vous avez eu une mauvaise expérience freelance, n’oubliez jamais qu’il y a toujours du bon à en retirer.

Lapattedelinfluence

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